Enquête de poste, crimes majeurs, crimes contre la personne, équipes spécialisées… Ces termes sont souvent utilisés, mais rarement expliqués. Pourtant, ils désignent des rôles policiers importants dans l’accompagnement des personnes victimes d’actes criminels. Pour ces personnes, le parcours commence souvent dans un moment de détresse, de peur ou de confusion. À chaque étape, différents intervenants prennent le relais pour assurer sa sécurité, recueillir les informations et faire avancer l’enquête. Quelle que soit l’équipe, un enquêteur demeure le point d’ancrage et la personne victime est accompagnée tout au long du processus.
Qui lui répond lorsqu’elle appelle le 911 ou l’accueille lorsqu’elle se présente au poste? Qui mène l’enquête? Et pourquoi plusieurs équipes peuvent-elles être impliquées dans un même dossier? Quand a-t-on besoin d’une équipe spécialisée?
Du premier appel jusqu’à la fin du processus judiciaire, chacun agit à un moment précis, avec une mission bien définie. Voici comment.
| Le 911 et la patrouille : le premier point de contact
Sur le terrain, ce sont les équipes de patrouille qui arrivent en premier. Elles se déplacent d’un appel à l’autre et ne prennent pas de dossiers à moyen ou à long terme : ce n’est pas leur rôle. Elles sont très souvent le premier contact sur le terrain avec la personne victime. Elles interviennent notamment dans les situations de violence entre partenaires intimes (violence conjugale), avec le soutien une équipe de coordination spécialisée présente partout au Québec. Leur mission est fondamentale : sécuriser les victimes et les témoins, obtenir les premières informations et comprendre la situation dans son ensemble. Les patrouilleurs sont des policiers « généralistes » — et ce n’est pas péjoratif. Comme des urgentologues, ils doivent être capables d’intervenir dans une très grande variété de situations : collisions routières, vols, état mental perturbé, conflits, etc. Leur travail se fait dans l’immédiateté. En très peu de temps, ils évaluent des éléments cruciaux : le niveau d’urgence, les risques, l’impact, les besoins immédiats. Ce travail est essentiel pour la suite du dossier. |
Les enquêteurs des MRC
Après l’intervention des patrouilleurs, les équipes locales d’enquête de la MRC prennent le relais. On peut les voir comme une deuxième ligne d’urgentologues : ils héritent de situations déjà stabilisées, mais qui nécessitent une analyse plus poussée.
Leur rôle consiste à recueillir les preuves, effectuer les démarches d’enquête nécessaires, rédiger des mandats, rencontrer les personnes impliquées et évaluer le recours à des techniques spécialisées (balistique, empreintes, analyses diverses). Elles préparent ensuite le dossier qui sera soumis au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), responsable de déterminer s’il y a lieu de déposer des accusations.
Ces équipes interviennent de façon systématique pour plusieurs types de crimes : agressions sexuelles, fraudes dépassant un certain montant, maltraitance envers les personnes mineures ou aînées, entre autres. Les enquêteurs de MRC gèrent plusieurs dossiers en parallèle ; chaque semaine, de nouveaux s’ajoutent. Ils ont des liens étroits avec une foule de partenaires soutenant également les personnes victimes : CAVAC, CALACS, DPCP, CISSS et DPJ, maisons d’hébergement.
C’est la complexité, la gravité ou la portée du crime qui détermine si un dossier est traité par une équipe locale, les crimes majeurs ou les crimes contre la personne. D’ailleurs, ces équipes n’ont pas toujours le même mandat que celles portant le même nom dans d’autres corps de police.
« Quand je rencontre une personne victime, j’essaie de comprendre rapidement quel est son besoin. Certaines veulent être entendues, d’autres souhaitent simplement dénoncer, que l’auteur du crime reçoive de l’aide, être protégées ou éviter la récidive. Les besoins sont nombreux et très variés.
Pour moi, l’essentiel est de bien les cerner : comprendre ce qu’elle a vécu, m’assurer de sa sécurité et de celle de ses enfants, lui expliquer clairement le processus et lui proposer l’aide des ressources locales disponibles », illustre la sergente-enquêteuse Caroline Lapointe, de la Division des enquêtes MRC en Abitibi-Témiscamingue.
« Mon approche est honnête : je ne suis ni juge, ni partie. Je suis là pour écouter, recueillir le maximum d’informations et faire en sorte que la personne se sente le plus en confiance possible », ajoute la policière.
| Les dossiers plus complexes
Quand un dossier devient plus complexe — par exemple un homicide ou une enquête nécessitant une expertise spécialisée — des équipes interviennent partout au Québec. Elles prennent en charge des dossiers exigeants, souvent de longue haleine, qui dépassent le cadre d’une enquête locale. Les enquêteurs des Crimes majeurs et des Crimes contre la personne sont également appuyés par d’autres unités spécialisées, par exemple en violence sexuelle, en filature, en criminalistique et en criminalité financière, et des partenaires comme le Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale. Bien que ces spécialistes ne soient pas toujours en contact direct avec la personne victime, leur contribution est essentielle. Selon les besoins, les enquêteurs font appel à ces expertises pour enrichir leurs démarches, mieux soutenir les personnes victimes et offrir un accompagnement adapté. |
Crimes majeurs
Incendies criminels, tentatives d’extorsion, agressions sexuelles, tentative de meurtre : ces équipes sont responsables d’enquête demandant des démarches plus complexes.
« Nous traitons des dossiers très variés. Ce qui m’a attirée vers les Crimes majeurs, c’est la proximité avec les victimes. Cela me permet de les accompagner du début de l’enquête jusqu’à la fin du processus judiciaire — une continuité qu’on ne retrouve pas en patrouille », explique une sergente‑enquêteuse de Mascouche.
« Ces personnes n’ont pas choisi d’être victimes. Mon rôle, c’est de les soutenir et de leur offrir l’information la plus juste possible. Je veux qu’elles sentent que je suis là pour elles », ajoute-t-elle, soulignant apprécier autant le travail sur le terrain que celui effectué au bureau.
Crimes contre la personne
Homicides, enlèvements avec risque pour la vie, meurtres liés au crime organisé, incendie criminel avec décès (homicide involontaire) et toute enquête hors du commun font partie des principaux mandats de ces équipes.
« Notre grande priorité est de respecter et de prendre soin des familles endeuillées. Pour nous, cela passe entre autres par une enquête rigoureuse, afin de les aider, à notre façon, dans leur processus de deuil » explique le lieutenant Mathieu Boulianne des Crimes contre la personne.
« Dès les premières heures, un enquêteur établit un lien avec les proches — pour les tenir informés de l’évolution du dossier et répondre à leurs questions. »
Sur le terrain, les enquêteurs des Crimes contre la personne travaillent étroitement avec les policiers locaux, qui connaissent bien leur milieu. « C’est bien plus qu’un métier : c’est une vocation », image l’officier.
