Actualités

Un accompagnement adapté aux victimes de violences sexuelles

Date de diffusion : 13 mai 2026

La sergente-enquêteuse Sophie Demers fait partie de l’Escouade intégrée de lutte contre le proxénétisme (EILP). De race labernois, âgée de trois ans et entraînée par la Fondation Mira, le chien d’assistance judiciaire Shanti est la partenaire de Sophie Demers depuis décembre 2024. 

Demandez à n’importe quelle personne qui aime les animaux : elle vous dira qu’ils apportent quelque chose d’intangible, mais de profondément réel. Pour certaines victimes de violences sexuelles, ce soutien prend la forme d’un chien d’assistance judiciaire — une présence calme, douce et rassurante qui facilite un processus souvent éprouvant.

« Dès les premiers échanges, on tente de savoir si la personne victime aime les animaux, afin de pouvoir lui offrir le soutien d’un chien le plus rapidement possible », explique la policière.

Shanti peut être présente à une ou plusieurs étapes du parcours judiciaire : pré-rencontres avec les personnes qui hésitent à s’engager formellement dans le processus, déclaration vidéo, rencontre avec des partenaires (CAVAC, DPCP), préparation et témoignage à la cour.

« On est en appui aux enquêteurs responsables du dossier, qui accompagnent la personne victime à toutes les étapes et qui mènent l’enquête. On essaie d’avoir le même chien du début à la fin, mais parfois la victime peut être amenée à en croiser plus d’un pendant son processus », précise Sophie Demers.

Le projet de chien d’assistance judiciaire a démontré son efficacité : de plus en plus reconnu par les partenaires du milieu judiciaire, il génère des demandes récurrentes, tant de leur part que de celle des personnes victimes, qui sollicitent désormais sa présence lors des dénonciations et tout au long du processus judiciaire.

Les cinq tandems enquêteur-chien d’assistance judiciaire se déplacent partout au Québec pour accompagner principalement des personnes victimes de violence sexuelle. C’est d’ailleurs sa rencontre avec un tel duo, alors qu’elle était patrouilleuse, qui a fait naître chez Sophie Demers cette évidence : « C’est exactement ce que je veux faire ».

« Toutes les équipes et toutes les mesures peuvent faire la différence, mais aucune ne fait tout à elle seule », rappelle la policière. « Le chien fait quelque chose que l’humain ne peut pas faire. Des fois, en salle de cour, Shanti peut soupirer, ou encore ronfler… Ça fait sourire, ça humanise et ça détend l’atmosphère. »

Découvrir les différents rôles policiers auprès des personnes victimes d’actes criminels

Duo policier et intervenant CAVAC

Note : Ce texte est issu d’une rencontre avec une intervenante d’un Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) spécialisée en exploitation sexuelle, Anne Gsell, ainsi qu’un membre policier de l’EILP. En raison des fonctions qu’il occupe, on ne peut partager ni le visage ni le nom de ce policier. Sa voix, comme celle de son acolyte, est toutefois importante pour comprendre le sujet abordé dans ce texte.

Les policiers de l’EILP et les intervenantes des CAVAC spécialisées en exploitation sexuelle forment une équipe, entièrement centrée sur la personne victime. Essentielle, leur collaboration demeure pourtant discrète aux yeux du public. Ils partagent d’ailleurs les mêmes locaux afin de faciliter leurs échanges et leur coordination. Selon la situation, des procureurs ainsi que des intervenants d’autres organismes d’aide viennent compléter cette équipe.

Découvrez en plus au sujet des CAVAC et de l’Équipe dédiée d’intervention en exploitation sexuelle

Les services des CAVAC sont gratuits, confidentiels et accessibles partout au Québec, que la personne victime ait porté plainte à la police ou non, peu importe le type de crime et que celui-ci soit récent ou non. Offerts de manière systématique, ils demeurent toutefois entièrement volontaires. Les proches des personnes victimes peuvent également recourir à ces services.

Des approches et des milieux de plus en plus adaptés

L’exploitation sexuelle peut engendrer de l’ambivalence chez la victime, en raison de la relation avec le proxénète qui la nourrit, l’héberge, contrôle de nombreux aspects de sa vie, utilise des méthodes violentes et des menaces pour maintenir son emprise, etc.

Les policiers sont de plus en plus formés à accueillir ces personnes, sans jugement et à leur rythme.

L’EILP est composée de policiers issus de plusieurs services de police. Ses membres se consacrent entièrement aux dossiers de proxénétisme et de traite de personnes. Leur travail se fait de plusieurs façons :

  • Enquête (accompagnement auprès de la personne victime, rédaction de rapport, témoignages à la cour, filature, collecte de renseignements et de preuves, etc.)
  • Rencontres de travailleuses du sexe afin de valider si elles se trouvent dans une situation d’exploitation sexuelle et de leur offrir les ressources nécessaires
  • Vigie des demandes de services sexuels

Il est essentiel de rappeler que l’achat de services sexuels est illégal au Canada, mais le Code criminel prévoit l’immunité pour la travailleuse du sexe.

Les postes de police et les palais de justice s’adaptent aussi de plus en plus aux besoins des victimes : salles réservées, divans plus confortables, environnements apaisants.

Le témoignage d’une victime représente un moment crucial dans un dossier de violence sexuelle. Les mesures d’aide au témoignage sont essentielles. Sans elles, l’accusé peut se trouver à proximité de la victime et adopter des comportements visant à la déstabiliser, parfois subtilement.

« T’as pas l’air d’une police »

Les enquêteurs spécialisés en exploitation sexuelle et leurs partenaires du CAVAC adoptent une approche particulière. « Avec ces personnes, on privilégie une relation plus informelle : le tutoiement s’installe rapidement et on délaisse le traditionnel veston-cravate », explique le policier.

Lorsqu’il communique avec elles, il est bien sûr question du dossier, mais aussi de leur quotidien, de leur famille. « C’est une relation qui fonctionne dans les deux sens — bien au-delà du simple travail policier. »

Le duo insiste : on va s’adapter à elles, il n’y a pas de jugement, porter plainte ou non est un choix personnel que l’on respecte.

La sortie du milieu

La sortie du milieu n’est pas toujours possible. L’objectif des policiers est d’être présents et d’accompagner la personne dans les démarches qui lui permettront d’améliorer sa situation.

Quitter le milieu de l’exploitation sexuelle signifie souvent devoir repartir à zéro. Les besoins de base doivent alors être comblés rapidement. « Nous travaillons avec tout un réseau de partenaires pour faciliter la relocalisation, offrir du dépannage alimentaire et aider à récupérer des pièces d’identité », explique Anne Gsell, intervenante de l’ÉDIES.

« Avant même de pouvoir intervenir sur les conséquences du traumatisme, il est essentiel que la personne victime dispose de ce dont elle a besoin pour être en sécurité », ajoute-t-elle.

« Les victimes d’exploitation sexuelle ont été manipulées. Ce qu’elles ont vécu ne les définit pas », conclut pour sa part le policier.

La collaboration citoyenne

Les dossiers de l’EILP ont des origines multiples. Les appels au 911, le signalement par une personne tierce, les interceptions de véhicules, n’en sont que quelques exemples.

Vous soupçonnez une situation d’exploitation sexuelle? Il est possible de la signaler de façon confidentielle et anonyme auprès de la Centrale de l’information criminelle.

« Plus les citoyens partagent des informations, plus on peut intervenir. Ça prend l’aide de tout le monde », souligne le policier de l’EILP.