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Faire connaître l’invisible

Date de diffusion : 1 juin 2026

La diversité n’est pas toujours apparente. C’est le cas d’Emilie et d’Amélie. Dans le cadre de la 30e Semaine québécoise des personnes handicapées, du 1er au 8 juin, ces deux membres de la Sûreté du Québec (SQ) souhaitent sensibiliser aux différences invisibles. Partage de leurs histoires.

Amélie : un trio de résilience, d’adaptation et de persévérance

Depuis 10 ans, Amélie s’épanouit comme avocate à la SQ. « J’ai une grande estime pour l’organisation et le domaine policier. Mon grand-père était d’ailleurs policier à la SQ. »

Elle sait depuis la fin de son adolescence qu’elle allait perdre un jour la vision, sans savoir quand exactement. « Je suis atteinte d’une maladie dégénérative de la vue, la rétinite pigmentaire, et c’est incurable. Présentement, il me reste 2 degrés de vision centrale et un peu de vision en périphérie. C’est comme voir à travers une paille », explique-t-elle.

Être bien entourée

« Lorsqu’on est bien entouré(e), on peut s’adapter à tout. J’ai dû vivre une série de deuils à la suite de l’évolution de la maladie. Quand tu perds ton champ de vision de façon impuissante en sachant la finalité, ce n’est pas évident mentalement. Il faut être en adaptation constante avec chaque changement. Ça fait de moi une personne très résiliente et persévérante. Ce sont mes plus grandes forces et ce sont ces qualités-là que je veux transmettre », mentionne l’avocate.

« Quand j’ai eu mon diagnostic à 19 ans, je me rappelle que ma plus grande peur était que les gens me catégorisent comme étant handicapée. J’ai évolué depuis. Je sais que j’ai la même valeur que tout le monde. »

Être visible

« Je veux être visible pour mes enfants ainsi que pour valoriser la différence et montrer que les personnes en situation de handicap ont la même valeur et beaucoup de qualités », explique-t-elle.

Être valorisée

« Les collègues, ça vaut tout! J’ai des collègues merveilleux. Je me sens valorisée, acceptée et je m’épanouis au travail. Si je dois être au bureau, les collègues me tendent le bras pour me guider ou si je dois me déplacer, on me propose du covoiturage », illustre Amélie Savard-Lapointe. « Comme je suis en télétravail la majeure partie du temps, mes collaborations avec les unités se font souvent en virtuel. Parfois, les gens ne savent même pas mon handicap, sauf si je le mentionne! »

Que son handicap soit visible ou invisible selon les situations, Amélie en fait une force qu’elle assume et valorise, contribuant ainsi à déconstruire les stéréotypes et à faire place à des parcours diversifiés.

Emilie : un espace sécuritaire et ouvert avec les collègues

Emilie s’épanouit à la SQ comme analyste stratégique depuis 5 ans: « Travailler en milieu policier est un objectif qui m’anime depuis mon enfance. Intégrer la SQ représentait pour moi l’aboutissement d’un rêve profondément ancré. C’est un engagement porteur de sens pour moi. »

Son parcours professionnel s’accompagne d’un défi personnel : évoluer au sein d’un environnement hautement structuré avec un fonctionnement neurodivergent, soit l’autisme.

« Mon parcours n’a jamais été un long fleuve tranquille, mais j’ai toujours gardé en tête mes objectifs : c’est ma fierté. Naviguer dans les normes sociales n’est pas un acquis pour tout le monde. À titre d’exemples, regarder dans les yeux durant une conversation, cohabiter dans un environnement avec plusieurs bruits, lire entre les lignes et vivre des changements de dernière minute », témoigne l’analyste.

Une grande capacité d’adaptation

« Dans le livre Femme caméléon de Mélissa Péron, cette phrase m’a beaucoup parlée : « J’ai souvent l’impression d’être dans un aquarium déposé dans la mer. Je suis avec vous, parmi vous, mais quelque chose nous sépare » », illustre-t-elle.

Elle explique : « J’ai développé une capacité de camouflage qui me permet de m’intégrer socialement et professionnellement en imitant les réactions des autres. Mais paradoxalement, cette capacité contribue à accentuer l’invisibilité de la neurodivergence pour les autres, rendant parfois plus difficile la reconnaissance des défis vécus et des besoins d’adaptations qui y sont associés, d’où l’importance d’en parler. »

Un climat bienveillant

L’analyste ajoute : « Un élément déterminant dans ma capacité à avancer a été le soutien reçu en milieu de travail. À la suite d’échanges ouverts avec ma gestionnaire et ma cheffe d’équipe, des ajustements simples et réalistes ont pu être mis en place : télétravail partiel, consignes claires et/ou écrites, obtention d’écouteurs et éteindre la caméra au besoin. Ces mesures simples ont eu un impact concret sur mon bien-être et mon engagement professionnel. »

Pour Emilie, le soutien des collègues a été central dans son épanouissement professionnel : « Le climat de respect, de bienveillance et d’écoute au sein de mon équipe a contribué à créer un environnement sécurisant. Je suis convaincue que lorsque les personnes se sentent comprises, respectées et soutenues, elles peuvent donner le meilleur d’elles-mêmes, au bénéfice de leurs équipes et de la mission de l’organisation. »

L’importance du dialogue

« J’ai envie de contribuer à ma manière à faire connaître cette réalité souvent invisible : celle des femmes qui passent des années à se sentir différentes avant l’obtention d’un diagnostic. Si ce témoignage peut résonner chez une personne qui vit une situation similaire, ce sera déjà beaucoup et suffisant pour moi », mentionne-t-elle.

« J’encourage le dialogue sur l’autisme et, plus largement, sur la neurodiversité, en rappelant l’importance de la compréhension et de l’ouverture face aux réalités moins visibles », conclut Emilie.